Historien d’art, je rédige en ce moment une petite notice sur Henry Harrisse, qui rédigea une belle biographie sur le peintre Louis-Léopold Boilly. J’ai vu qu’à la bibliothèque de Rouen figure une lettre de Flaubert à George Sand, écrite en 1874, qui concerne Harrisse ; et ailleurs que Harrisse fit partie des rares amis à suivre son cortège funèbre.
Auriez-vous l’amabilité de me dire si vous avez connaissance de quelque précision au sujet de Henry Harrisse ?

Réponse de Sylvie Veys

Voici ci-dessous les informations concernant Harrisse provenant des notes de Georges Lubin dans l’Index des Correspondants de la Correspondance de George Sand.

Henry Harrisse est né à Paris le 28 mai 1829. Ses parents étaient Israëlites. Son père, Abraham était fourreur. Il était manifestement originaire de Russie ou de Prague. Sa mère, Nanine Marcus, était parisienne. Georges Lubin parle d’un certain mystère qui entoure ses premières années, et notamment ses études. En 1853, il est professeur de français à l’université de Caroline du Nord. Il enseigne ensuite à Washington, puis au collège des Jésuites de Georgetown. Après des études de droit, il devient avocat à Chicago, puis à New York vers 1860. En 1865, il publie, avec Samuel Barlow, Note on Columbus, puis, seul, une bibliographie des ouvrages consacrés à l’Amérique de 1492 à 1551 : Bibliotheca Americana Vetustissima. Ce dernier ouvrage est d’ailleurs apprécié par les spécialistes et lui donne une certaine considération des élites.
Henry Harrisse s’installe à Paris peu après la publication de ce deuxième ouvrage. Il y exerce la profession d’avocat. Très vite, il s’introduit dan le monde littéraire et noue de nombreuses relations (Renan, Sainte-Beuve, Flaubert, George Sand et la Princesse Mathilde). Il entretient une correspondance importante avec beaucoup de personnalités de l’époque. Georges Lubin, dans son Index des Correspondants, fait le commentaire suivant sur le caractère de l’avocat américain : « Imbu de lui-même, vaniteux, outrecuidant à l’occasion, il n’est pas très sympathique et se fait remettre quelquefois à sa place. » Il est vrai que, dans la correspondance de Flaubert et Sand, on trouve parfois des remarques excédées à propos de Harrisse, comme dans cette lettre de Flaubert du 3 juillet 1874 :

« C’est comme l’Américain Harrisse me soutenant que Saint-Simon écrivait mal. Là, j’ai éclaté. Et je l’ai traité d’une façon telle qu’il ne recommencera plus devant moi l’éructation de sa bêtise. C’était chez la Princesse à table. Ma violence a jeté un froid. » (Gustave Flaubert. George Sand. Correspondance. Texte édité, préfacé et annoté par Alphonse Jacobs, Flammarion, Paris, p.1981, p.474.)

Sand et Harrisse échangèrent néanmoins une correspondance importante abordant essentiellement la politique, mais également des sujets plus personnels. Henry Harrisse rendit également visite à George Sand à Nohant. Il nous laisse également un témoignage important sur l’enterrement de George Sand, Derniers moments et obsèques de George Sand.

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