Bonjour,
Je cherche des renseignements sur le roman Mauprat.
Pouvez-vous me dire pourquoi George Sand a choisi le prénom d’Edmée ? Avait-elle dans sa famille quelqu’un qui portait ce prénom ?
Pouvez-vous me dire quels sont les écrivains du XIXe siècle qui se sont inspirés de
Mauprat ?
Je vous remercie d’avance.

Réponse de Sylvie Veys

Chère Madame,

Mauprat, que Sand écrivit entre 1835 et 1837, est bien un roman capital dans son œuvre. De par les idées politiques et sociales qu’il met en scène, de par son genre hybride (à la fois historique, politique, régional, et côtoyant le fantastique), grâce à l’influence flagrante de Jean-Jacques Rousseau et grâce à sa grande influence.
Le personnage d’Edmée, qui vous intéresse plus directement, est une héroïne capitale pour George Sand, la femme selon son cœur, celle qui correspond point par point à ses idéaux, celle que sa fille Solange identifie sans peine comme le modèle qu’on lui propose, jusqu’à ce que la plus tardive Consuelo (1842 – 1844) ne vienne lui disputer son statut d’icône sandienne.
Edmée de Mauprat est la première héroïne idéale, parfaite.
« C’est «le personnage dont elle rêve pour sa fille : une femme courageuse, intelligente, forte, chaste, sainte, sans défaillance, pourvue de toutes les qualités imaginables et surtout libre vis-à-vis des hommes. » (CHOVELON, Bernadette, George Sand et Solange mère et fille, Christian Pirot, Saint-Cyr-sur-Loire, 1994, p.53.)
George Sand donne Mauprat à lire à sa fille en pension, signifiant bien par là l’importance de ce roman. Un autre exemple est la référence explicite à ce roman lorsque Sand parle à un ami des – éphémères – fiançailles de sa fille avec un gentilhomme berrichon :

« Puisque je suis en train de causer, et cette causerie est pour vous seul je veux vous dire que ma fille, la plus superbe des EDMÉE de Mauprat, s’est laissée attendrir par une espèce de BERNARD Mauprat, moins l’éducation féroce et brutale, car il est doux, obligeant et bon comme un ange ; mais c’est un gentilhomme campagnard, un homme de bois, simple comme la nature, habillé comme un garde-chasse… » (Lettre du 30 décembre 1846, de George Sand à Hetzel, dans Correspondance, tome VII, pp.574-575).

George Sand ne justifie pas explicitement le choix du prénom d’Edmée. Aucun membre de sa famille ne le portait. Michèle Hecquet, dans le livre qu’elle consacre à Mauprat et qui est la meilleure référence sur ce roman, envisage bien un explication :

« …ce conte est un roman de fin d’amour. Le choix du prénom indique un retour de Sand à 1835, au moment où elle a commencé cette narration en faisant le deuil de sa passion pour Musset. Une lettre du 6 mars 1835 à Madame de Musset tient lieu des adieux qu’elle ne peut pas faire à son amant. Or, la mère du poète se prénomme Edmée. Comment ne pas penser au nom d’Indiana, qui fut celui de la sœur d’Aurélien de Sèze, avant de désigner la première rebelle des héroïnes de Sand ? » (HECQUET Michèle, Mauprat de George Sand, Presses universitaires de Lille, 1990, coll. Textes et perspectives, p.34)

Je ne peux que vous recommander ce livre qui répondra à toutes vos questions sur Mauprat. Le dernier chapitre de cet ouvrage aborde aussi l’influence de ce roman sur les autres œuvres du XIXe siècle. Michèle Hecquet cite l’Ensorcelée de Barbey d’Aurevilly, Quatre-vingt-Treize de Victor Hugo et surtout, influence la plus évidente, Les Hauts de Hurle-Vent de Emily Brontë.
Voici quelques références sur ce roman :

– HECQUET Michèle, Mauprat de George Sand, Presses universitaires de Lille, 1990, coll. Textes et perspectives.
– SICARD Claude, « La genèse de Mauprat », dans Revue d’Histoire littéraire de la France, 1968, n°5, pp.781-797.
– SICARD Claude, En marge d’une note de Mauprat », dans Revue d’Histoire littéraire de la France, mars-avril 1969, n°2, pp.276-279.
– ARNOLD J.V., « George Sand’s Mauprat and Emily Brontë’s Wuthering Heights », dans Revue de littérature comparée, avril-juin 1972, n°2, pp.209-218.
– BOZON-SCARLATTI Yvette, « Mauprat ou la belle et la bête, dans Nineteenth Century French Studies, 1981-82, vol. X, n°1 et 2.
– MÜLHEMANN Suzanne, « Mauprat ou la création de l’homme », dans Présence de George Sand, mai 1980, n°8, pp.7-10.
– CHASTAGNARET Yves, « Mauprat, ou du bon usage de l’Emile », dans Présence de George Sand, mai 1980, n°8, pp.10-15.
– REID Martine, « Mauprat : mariage et maternité chez Sand », dans Romantisme, 1992, n°76, pp.43-58.
– SCHAEFFER Gérald, « Nature chez George Sand : une lecture de Mauprat », dans Romantisme, 1980, n°30, pp.5-12.
– GILOT Michel, « La présence du XVIIIe siècle dans Mauprat », dans Présence de George Sand, juin 1985, n°23.
– DANA Catherine, « De Corambé à Mauprat : la naissance d’un roman de George Sand », dans George Sand Studies, 1997, vol. 16.
– MARECHAL Chantal A., « Mauprat de George Sand : Présence du Moyen Age », dans George Sand Studies, 1996, vol.15.
– ROGERS Nancy, « Mauprat and Jeanne, Prelude to the Pastoral Novel: Myth, Allusion and Education », dans George Sand Studies, Fall-Winter 1981, vol.4, n°2.

retour au sommaire