Je dois faire un dossier sur George Sand en tant que mère et grand mère. Est ce que vous pourriez me donner des indications sur les relations qu’elle avait avec ses enfants et ses petits enfants ? je sais qu’elle s’entendait bien avec Maurice mais que c’était plus dur avec Solange…

 

Réponse de Marielle Caors

Je vais récapituler la descendance de George Sand, pour que vous puissiez bien comprendre ses liens avec ses enfants et ses petits-enfants.
Sand s’est mariée en 1822 avec Casimir Dudevant, mariage de réelle affection, même si par la suite les époux ne se sont plus entendus et ont fini par vivre séparément (à partir de 1831) puis à se séparer officiellement (en 1836 – n’utilisez pas le terme de divorce, le divorce n’est pas autorisé à l’époque).
Ils ont eu ensemble un fils, Maurice, né en 1823. Sand avait la fibre maternelle et a adoré élever ses enfants et même s’occuper des enfants des autres de son propre père, Maurice Dupin, mort jeune en 1808 (elle-même n’avait que quatre ans). Hormis l’amour qu’elle porte naturellement à son fils, on peut penser que s’y ajoute la pensée consciente ou non qu’elle a donné une sorte de survie à ce père si tôt disparu.
Sand a eu un second enfant, Solange, née en 1828. Cette grossesse n’était pas désirée et lui a été pénible. Il faut savoir que l’on suppose que Solange n’est pas la fille de son « père officiel », mais d’un amant de George Sand, Stéphane Ajasson de Granssagne (ce n’est pas un ragot croustillant, mais une hypothèse très sérieusement développée par des biographes non moins sérieux : il est intéressant de la rapporter car cela peut expliquer un certain nombre de
réticences de Sand vis-à-vis de sa fille et de problèmes chez Solange qui n’ignorait probablement pas ces sous-entendus). Mais il faut préciser que pendant l’enfance de sa fille, on le sait par l’abondante correspondance de Sand, Sand parle de sa fille avec adoration (elle est belle, amusante, intelligente, etc.)
C’est par la suite que les choses se gâtent ; on peut essayer de résumer la situation de la façon suivante :
– Maurice est plus délicat, plus souvent malade, ressemble davantage physiquement et moralement à sa mère, est plus docile, plus proche d’elle, et en grandissant partage ses goûts artistiques et ses recherches scientifiques (archéologie, botanique, papillons…). Il a un côté un peu « gentil garçon à sa maman ». Il est évident qu’il est plus proche de sa mère que sa soeur.
– à l’adolescence Solange est plus volontaire, plus révoltée, sa mère la trouve paresseuse et fantasque et ne la comprend pas : plus elle s’entend avec Maurice, plus Solange en souffre, plus Solange se montre désagréable, plus Sand se rapproche de son fils… Il est difficile d’analyser quelles sont les parts de responsabilité, il est probable que chacun porte la sienne.
– le mariage de Solange : en 1846 elle est fiancée à un jeune homme des environs, Fernand de Preaulx. Au printemps 1847 Sand et sa famille font la connaissance d’un sculpteur, Jean-Baptiste Clésinger, qui propose à Sand de faire son buste et celui de sa fille. Quelques semaines plus tard, Solange rompt ses fiançailles et épouse Clésinger, contre l’avis de sa mère. Cette crise familiale entraîne la rupture entre Sand et Frédéric Chopin, son compagnon. Là encore les rancoeurs sont évidentes. Le couple Clésinger accumule les disputes, les dettes et les reproches envers Sand, qui ne veut plus les recevoir.
– Les enfants de Solange : en 1848 elle met au monde une petite fille, Jeanne, qui ne vit que huit jours et que Sand n’a pas eu le temps de connaître. En 1849 elle a une 2e fille, appelée aussi Jeanne. Les Clésinger passent leur temps à se déchirer et Sand s’occupe beaucoup de sa petite-fille, qu’elle adore. En 1854 les Clésinger décident de se séparer officiellement et la garde de la petite Jeanne (surnommée Nini) est confiée à George Sand. Mais la petite-fille meurt en janvier 1855 d’une scarlatine mal soignée, à la suite d’une imprudence de son père). La mère et la grand-mère sont désespérées, sans vraiment se rapprocher. On peut imaginer sans peine que Solange, déjà assez peu équilibrée, reste « déboussolée » après ces crises personnelles. Elle vivra ensuite un peu comme une courtisane, collectionnant des amants riches qui lui donnent une place dans la vie mondaine. Sand et elle ne seront jamais véritablement réconciliées. Sand ne lui pardonne pas d’avoir des amants non par amour mais par intérêt (Sand elle-même a connu une vie sentimentale libre et agitée, mais seuls les sentiments la guidaient).
– Règlements de compte littéraires : des personnages de jeunes femmes fantasques, imprudentes, voire méchantes, apparaissent souvent dans les romans de Sand, parfois relativement sympathiques, parfois quasi criminelles : dans « Mont-Revêche » (1853), une jeune fille égoïste et orgueilleuse, Nathalie, est responsable, par ses méchancetés et ses calomnies, de la mort de sa belle-mère. Dans « Mademoiselle Merquem » (1868), le personnage d’Ernest du Blossay, en revanche, est plus sympathique : c’est une adolescente fantasque, têtue, imprudente, intéressée, mais fondamentalement bonne fille. Dans « Malgrétout », le personnage d’Ada, ambitieuse, jalouse, mauvaise mère qui abandonne son enfant à sa soeur, semble reprendre tous les reproches que Sand croyait pouvoir adresser à sa fille.
Bien entendu il est très difficile de savoir qui, de la mère ou de la fille, avait tort ou raison : probablement les deux !
– Les autres petits enfants :
Solange est donc restée sans postérité. Son frère Maurice s’est marié beaucoup plus tard, en 1862. Il a eu un fils, Marc-Antoine, mort en bas-âge (1863-1864) (la mortalité infantile est encore très importante au XIXe, même dans les classes aisées). Mais il eut deux filles, Aurore (1866) et Gabrielle (1868) qui dont parvenues à l’âge adulte et que Sand a bien connues, puisqu’elle vivait à ce moment-là à Nohant avec ses enfants. Sand s’est attachée à ses petites-filles comme la plupart des grands-mères et s’est même passionnée pour elles, leur développement, leur éducation. Elle a écrit pour elles de ravissants contes, les « Contes d’une grand-mère ». L’aînée, Aurore, qui a vécu fort âgée (elle est morte en 1961) se souvenait de sa grand-mère avec adoration, essayant de lui ressembler et
de la copier.

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